Plante vénéneuse de la famille des Renonculacées.

Aconit était une des trois soeurs Renonculacée dont la destinée commune fut d’autant plus étrange que chacune était l’opposée de l’autre, ce qui est d’autant plus difficile à trois.

Anémone, l’ainée, s’était attribuée le rôle de la « petite mère » à l’éclosion de ses sœurs, n’hésitant pas à leur donner l’arrosoir au début de leur pousse. Malheureusement, elle n’avait pas eu cette chance et son étamine critique attestait de sa faible constitution. Pour pétaliser le tout, son allergie au pollen – une maladie aussi rare que l’allergie de la peau pour un humain ou de l’argent pour un Rockefeller – la dépouillait de ses rares feuilles. Malgré cela, elle s’éleva avec courage, le pistil haut, et ne renoncula jamais devant la difficulté et la sècheresse.

Clématite avait engrainé les qualités esthétiques qui en faisait la belle plante de la famille. Sa délicieuse corolle et l’affriolant bombage de son réceptacle produisait grand effet sur les bourdons du quartier. Toujours prête au liberbutinage, elle préférait la graine à la migraine. Son charme allié à sa soif d’humus en faisait la sœur la plus à même à s’élever dans la haute société des plantes. Bref, elles avaient tous les atouts pour trouver pot d’or à ses racines.

Quant à notre Aconit, troisième et dernière sœur, elle avait germé aux tous derniers jours du printemps. Est-ce à cause de sa naissance tardive, toujours est-il qu’elle était, des trois, la moins gâtée par la nature, un comble pour une plante. Avec sa tige malingre et sa tête hydrocéphalique, les mauvaises herbes la surnommèrent, un jour, « le casque de Jupiter ». Ce qui ne constituait pas une insulte en soi, était pour Aconit, la goutte de trop. Elle décida sans aucun remords de couper toute relation avec sa communauté. Seuls les liens de la sève l’obligeait à entretenir des rapport cordiaux avec ses sœurs.

Sans amis, souhaitant découvrir quel mauvais coup du sort la vie lui réservait encore, elle passa des jours et des jours dans la lecture des feuilles de thé. Peu d’informations filtrèrent de ces augures pratiques si ce n’est la destinée commune des trois soeurs. En effet, dès qu’elle souhaitait en savoir plus sur sa fortune, les feuilles frissonnaient rendant toute lecture impossible. Seule la notion d’immortalité au travers d’un livre avait perçait de ses longues séances. Ce manque flagrant de résultat la rendait folle. Son aspect ingrat et son manque de référence la fit sombrer plus encore dans une misenpoterie paranoïaque aiguë. Sans doute par vengeance, à force de sombres persévérances, elle devint toxique pour ceux qui osaient se moquer de ses feuilles ingrates.

Les sœurs savaient désormais qu’un destin commun les lier aussi fortement que la cordelette d’un bouquet : elles allaient toutes trois connaître, ensemble, la vie éternelle. Probablement dans les pages d’un herbier avait suggéré Anémone. Le destin saugrenu en décida autrement. C’est dans l’Impossible Dictionnaire qu’elles vivraient éternellement. Ne sont-ce pas des plantes dicotélydones ?